Felice Varini

Chambre

‘’Une ligne, sept droites, huit points.’’

L’espace architectural, et tout ce qui le constitue, est mon terrain d’action. Ces espaces sont et demeurent les supports premiers de ma peinture.

J’interviens in situ dans un lieu chaque fois différent et mon travail évolue en relation aux espaces que je suis amené à rencontrer.

En général je parcours le lieu en relevant son architecture, ses matériaux, son histoire et sa fonction.

A partir de ses différentes données spatiales, je défini un point de vue autour duquel mon intervention prend forme. J’appelle point de vue un point de l’espace que je choisi avec précision : il est généralement situé à hauteur de mes yeux et localisé de préférence sur un passage obligé, par exemple une ouverture entre une pièce et une autre, un palier …

Je n’en fais cependant pas une règle car tous les espaces n’ont pas systématiquement un parcours évident.

Le choix est souvent arbitraire. Le point de vue va fonctionner comme un point de lecture, c’est à dire comme un point de départ possible à l’approche de la peinture et de l’espace.

La forme peinte est cohérente quand le spectateur se trouve au point de vue. Lorsque celui-ci sort du point de vue, le travail rencontre l’espace qui engendre une infinité de points de vue sur la forme.

Ce n’est donc pas à travers ce point de vue premier que je vois le travail effectué ; celui-ci se tient dans l’ensemble des points de vue que le spectateur peut avoir sur lui. Si j’établis un rapport particulier avec des caractéristiques architecturales qui influent sur la forme de l’installation, mon travail garde toutefois son indépendance quelles que soient les architectures que je rencontre.

Je pars d’une situation réelle pour construire ma peinture.

Cette réalité n’est jamais altérée, effacée ou modifiée, elle m’intéresse elle m’attire dans toute sa complexité.

Ma pratique est de travailler « ici et maintenant ».

Pour la peinture de l’Hôtel Windsor le point de vue je l’ai choisi de manière à avoir une vue générale de la chambre en tournant le dos à l’extérieure.

Cette peinture s’inscrit donc dans un champ de vision allant de 90° à 110°, à l’intérieur duquel je sélectionne huit points propres aux différents composants de la réalité architecturale et mobilière. Ces huit points seront reliés à leur tour par des droites, formant ainsi une ligne en jeu permanent avec la chambre.

Le spectateur en quittant le point de vue pourra observer la fragmentation complète

de ce dispositif et assister à l’éclatement du travail-peinture en accord direct avec

la réalité de ses déplacements et de l’espace.

Felice Varini Février 2004

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